Dernier chapitre … 31 mai 2013 - Québec
Article “Le Soleil” - presse canadienne
Berlin. Ma future ville d’adoption. En effet, à l’été 2013 je deviendrai, pour une seconde fois, Berlinoise pour quelques années.
L’homme de ma vie y est muté. Il me rejoint dans deux jours et ce sera la chasse aux logements. Mission difficile, me dit-on, les appartements se faisant rares.
D’ici là, je reprends mes points de repère dans la ville.
Aujourd’hui, rien de spécial, pas de temple à visiter, de street-art à photographier, de paysage à admirer… Je me laisse guider par le vent et son courant m’emporte le long du Kurfürstendamm.
Me voilà devant le KaDeWe, établissement historique, magasin de luxe où toutes les marques prestigieuses s’étalent sur cinq étages, les “Galeries Lafayette berlinoises”.
J’erre à travers les rayons, les tissus soyeux, luxueux, les étiquettes précieuses et onéreuses. Je monte, descends, me perdant dans les couloirs de la consommation de nos élites “friquées”, des porte-monnaies rembourrés…
Assise confortablement au rayon des chaussures pour femmes, entre Dior et Prada, me voilà voyeuse, observatrice, curieuse, amusée. Le spectacle de la vie me méduse.
Tout est si propre, organisé, les vendeuses aimables, serviables.
Il y a trois semaines, j’étais dans un bazar grouillant, à Delhi, à marchander des tuniques dans un brouhaha bon enfant sous un soleil de plomb, enivrée de mille odeurs et emportée par le cris des marchands haranguant le passant, la touriste… Money, monnaie !
Retrouver l’équilibre, voici ce que je me dis…
Retrouver l’équilibre : peut-être serait-ce ça mon défi ? Atterrir, reprendre un rythme, réintégrer un monde “normal”, une routine, réintégrer la “meute”.
Depuis mon arrivée à Berlin, je revois des amis, rencontre de nouvelles personnes. Je les écoute surtout.
On me demande de raconter mon voyage… Tant de choses dans ma tête et si peu de mots pour exprimer tout cela. Comment décrire ces rencontres, ces paysages, ces odeurs, ces couleurs. Comment faire ressentir mes émotions, tous ces sentiments. Chacun de mes gestes m’emporte ailleurs, me rappelle le bus de tel endroit, le plat dégusté là-bas, l’odeur ressentie si loin, le bruit d’un autre univers. Je suis encore là bas dans tous ces pays. Je ne suis pas encore ici. Je suis quelque part… où ? Je ne sais pas moi même.
Déjà plus au Canada, pas encore en Allemagne et mon voyage est achevé.
Renouer avec “ma” société. Accepter ses abus, ses qualités et ses défauts, ses manques, ses injustices et ses contradictions …
Je me rends compte qu’ici comme ailleurs le monde est à découvrir et que d’un marché à Delhi au KaDeWe, ma curiosité reste la même.
Je fais juste un arrêt un peu plus long, avant de reprendre, un de ces jours, mon chemin vers d’autres cieux. “Inch Allah” comme dirait si bien mon grand-père.
Atterrir ? Non, en transit … Toujours et éternellement !
Après des mois en solitaire, me voilà à Athènes avec ma fille. Dernière ligne droite avant le retour - Montréal pour elle, Berlin pour moi.
Nous sommes hébergées chez Nick, un hôte CS aux références positives, nombreuses et essentiellement féminines. Il se décrit comme étant sympathique mais un peu “weirdo”. Ne l’est-on pas un peu tous ? Je me fie aux références. Plus jamais !
Il nous accueille dans la matinée à la station de métro et nous amène déposer nos sacs à dos dans son local où il produit une radio web. Sympathique, en effet. Goûts musicaux intéressants. On fait connaissance. On repart, Anaïs et moi, se balader et on decide de se retrouver vers 17:00 pour aller chez lui.
Première journée très agréable à Athènes où ma fille me sert de guide puisqu’elle y séjourne depuis quelques temps.
17:30, on arrive chez Nick. Appartement spacieux. Il réside chez ses parents mais son père est parti pour l’été à Crète. Sa mère est décédée, il y a quelques années. Décoration d’une autre génération, des bibelots à la tonne partout.
On s’installe. Le repas s’ensuivra. J’ai fait les courses et cuisiné pour cette première soirée.
Sympathique en effet.
On l’écoute nous raconter ses expériences avec ses divers invité(e)s, celles et ceux qu’il trouvait étranges. Bon narrateur, nous sommes bon public et rions de bon coeur. Il parle un peu, beaucoup, trop de sexualité sans toutefois être déplacé, comme ça librement mais intensément.
Je note un fait. Il nous a servi du raki mais ne boit pas. J’ai bu mon premier verre par politesse. Anaïs, elle, ne voit rien et entame le second qu’il nous sert. Je ne bois plus. Mon alarme interne a déjà sonné.
Il se fait tard 23:30. Je rêve de me coucher mais la nuit précédente dans le bus m’oblige à prendre une douche. Ma fille, elle, est déjà à moitié endormie.
Je demande à Nick si je peux prendre une douche. Réponse positive. Et là ne me demandez pas comment, ni pourquoi mais je ressens, à ce moment précis, dans son non verbal un changement, infime mais quelque chose se passe. Rien n’est dit mais une lueur dans ses yeux, un sourire un peu plus accentué me font mettre sur mes gardes.
Il m’explique que cela va prendre quelques minutes car il doit allumer le chauffe-eau et ensuite la salle de bain est à moi.
Je note un autre fait : quand j’ai fait la vaisselle l’eau était bouillante. Mais peut-être est-ce un autre système …
Nick me dit que tout est prêt.
Je rentre, ferme la porte et commence à ôter mon t-shirt.
Et soudain, je le vois. Je vois l’œil de la caméra cachée dans une boîte de médicaments. Un trou a été fait pour ne laisser place qu’à l’objectif violeur, inquisiteur.
Pourquoi ai-je cherché ? Je sentais un poids, un regard ?
Premier réflexe : je reprends mon t-shirt. Deuxième réflexe : ça filme, donc j’agis normalement. Je dépose mes vêtements sur la boîte en question nonchalamment. Je vérifie sous la douche. Je ne vois rien. Je me lance sous les jets qui j’espère ne seront pas voyeurs.
Rhabillée, mon cerveau réfléchit à mille à l’heure. Agir normalement. De retour au salon, Anaïs est déjà endormie. Il est minuit passé. Ne pas la réveiller pour l’alarmer. Décision : veiller sur elle cette nuit et décoller demain matin dès que possible.
Je ne dors pas. Monsieur Opinel ne m’a jamais paru aussi essentiel . Il est entre mes doigts. Je m’assoupis un peu mais les heures ont été longues et le matin arrive enfin.
Je réveille Anaïs. Elle bougonne. Je lui explique dans le creux de l’oreille qu’elle doit se lever et sans poser de question préparer son sac. Sa douche attendra encore un peu… Je ne peux rien expliquer maintenant. Elle s’exécute le regard un peu stressé.
Nick se réveille. Agir normalement.
Sympathique en effet, il nous prépare le café et sort rapidement nous chercher un feuilleté pour le petit-dej.
Je retourne à la salle de bain. La boîte est là, vidée de sa caméra et le trou si apparent.
Nos sacs sont prêts. Nick est de retour. Impossible de partir à ce moment. On prend le café. Il disparaît dans son bureau. Go Anaïs, prends ton sac. Le mien sur mes épaules, on se dirige vers la porte. Une fois sur le palier, j’appelle Nick, le sympathique, le pathétique, le psychotique.
Je l’avise de notre départ et lui dis deux mots : bathroom/camera ! Son visage se fige. Il souhaite que nous rentrions. Il veut nous expliquer. Rien à ajouter. On quitte les lieux sur le champ. Vers où ? On verra plus tard.
On se dirige vers le métro, un peu secouées. Je pense à toutes ces positives références, à ces jeunes femmes hébergées chez Nick.
Sympathique, en effet, pour mieux abuser sa proie ! Que fait-il de ses vidéos ? Je ne crains rien pour nous, mais ces femmes ont été bafouées dans leur intimité sans le savoir.
Nick, une heure après notre départ a fermé son compte CS.